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Interview de Martin Vial, Directeur Général du Groupe Europ Assistance, parue dans L’Argus de l’Assurance, le 20 janvier 2012
20 / 01 / 2012 Source : L'Argus de l'Assurance
Comment se porte le groupe Europ Assistance actuellement ?
Le Groupe a profondément évolué ces dernières années et a été un moteur de mutation du secteur de l’assistance. Le temps de notre plan stratégique Colombus 2005-2010, Europ Assistance a renoué avec son rôle de leader du secteur de l’assistance. Il a multiplié son chiffre d’affaires par 2,5 et a diversifié tant ses implantations géographiques que ses activités. Alors que nous réalisions à peine 10% de notre activité sur les métiers de la santé et des services à la personne en 2004, ils comptent aujourd’hui pour un quart du chiffre d’affaires. Actuellement, nous poursuivons cette stratégie de diversification sur ces nouveaux relais de croissance rentable mais l’environnement économique et financier, très secoué depuis quelques mois, nous oblige à faire preuve d’encore plus de pragmatisme. Les assisteurs appartiennent à un monde plus large, celui de l’assurance, sérieusement impacté par la crise, même si notre actionnaire Generali est l’un des plus puissants et solides du secteur.
Cette diversification sur la santé et les services à la personne est-elle la traduction opérationnelle du concept de Care Revolution que vous aviez formalisé dès 2008 dans un livre ?
Absolument. L’assistance connait une profonde évolution depuis quelques années. D’un service ponctuel et exceptionnel en cas d’urgence tel que le Groupe Europ Assistance l’a inventé en 1963, le métier d’assisteur se transforme en un métier de services au quotidien et de prise en charge continue des clients. Cette mutation, dans les métiers de la santé et des services à la famille notamment, c’est la Care Revolution. Une mutation profonde qui va se poursuivre dans les années à venir avec l’émergence d’une nouvelle donne technologique et scientifique (nanotechnologie, génomique, robotique, etc.) qui va enrichir les services des consommateurs dans leur vie quotidienne. Notre nouvelle signature « you live, we care » illustre cette mutation que nous avons conceptualisée.
Martine Aubry a développé la notion de société du care, est-ce le même concept ?
Non. Je constate que la société du care a disparu du débat public. Il s’agissait,me semble-t-il, d’un concept politique qui s’appliquait à l’ensemble de la société . Ce n’est pas le cas pour la Care Revolution que j’ai conçue comme une révolution du secteur des services à la personne, générée par des grandes tendances démographiques, économiques, sociales, et d’évolution des comportements des consommateurs qui se déploient partout dans le monde..
Le report du projet de réforme de la dépendance constitue-t-il un coup d’arrêt pour Europ Assistance sur ce segment de marché ?
La hausse de l’espérance de vie se poursuit. La Care Revolution également. Indépendamment de la réglementation et du financement applicables à ce secteur, Europ Assistance travaille déjà avec des collectivités locales, des Institutions de prévoyance et des assureurs dans plusieurs pays européens pour offrir des services liés à la dépendance des personnes âgées. En France nous avons ainsi récemment fait l’acquisition d’une petite société qui propose de la téléassistance directement auprès des personnes âgées et dont le contenu des services va rapidement s’enrichir pour couvrir les besoins de personnes dépendantes à domicile.
Quelles sont vos ambitions pour 2012 et les années suivantes ?
Celles-ci vont s’adapter à l’évolution de la crise qui va s’approfondir en Europe de l’Ouest en 2012 sous le double effet du « credit crunch » et de la simultanéité des plans d’austérité décidés dans tous les pays européens. Nos grands clients--constructeurs automobiles, tour-opérateurs et voyagistes, banques et assurances, sont tous durement touchés par la crise et immanquablement leurs difficultés ont des répercussions pour les prestataires que nous sommes.
Dans ce contexte nous sommes très prudents et très sélectifs dans nos projets et nos investissements à court terme en Europe pour ne pas nous retrouver à contre-courant des marchés avec la priorité absolue de sécuriser notre profitabilité dans une période de grave récession en Europe. Hors Europe nous poursuivons les investissements de développement dans des pays très porteurs tel que le Brésil.
Sur un plus long terme, Europ Assistance entend poursuivre la montée en puissance de ses nouveaux métiers (santé et services à domicile), renforcer sa présence géographique dans des pays à fort potentiel et continuer la refonte de ses modèles de distribution pour accroitre la part de la vente directe aux particuliers (B2C) et les offres optionnelles lorsque nos services sont agrégés aux produits de nos grands partenaires (B2Bto C).
En tout état de cause cette crise conforte la pertinence de notre positionnement sur les nouveaux services de santé et de vie quotidienne ; les besoins en la matière vont continuer de croitre partout dans le monde.
Pourquoi cette crise est-elle profonde et durable ?
La crise ne se résume pas à une problématique d’endettement des pays périphériques de la zone euro. Ses origines sont bien plus profondes. Quatre facteurs se conjuguent pour aboutir à cette crise majeure. D’abord une dérégulation sans précédent à l’œuvre depuis plus de trente ans tout particulièrement dans la sphère financière qui s’est traduite par une sorte de « privatisation » de la création monétaire avec les phénomènes de titrisation et l’explosion des produits financiers dérivés, hors du contrôle des banques centrales et des grandes institutions financières internationales qui ont vu diminuer considérablement leur rôle de régulation des marchés Deuxième facteur, géostratégique celui-là, c’est le déplacement du centre de gravité économique mondial vers l’Asie qui entraine l’affaiblissement relatif de la « vieille Europe » et aussi des Etats-Unis Troisième facteur, le transfert massif opéré d’abord aux Etats-Unis en 2008, de la dette privée sur les Etats dont les politiques macro-économiques vont être durablement sur-déterminées par le désendettement.. Et puis cette crise survient sur fond de crise morale de nos sociétés, où la seule réussite financière individuelle est souvent devenue la référence dans beaucoup de domaines au détriment de l’éthique, du bon sens et des valeurs citoyennes.








